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CARNET DE VOYAGE - Manières de l'Est

A chaque pays, il y a des villages. Dans quelques uns d’entre eux, j’ai posé mon sac, j’ai laissé les enfants venir et me parler. Ils m’ont dit de dire aux enfants de mon pays qu’ils ne souhaitaient rien d’autre qu’un signe, un message ou une lettre. Parce qu’il suffit d’avoir un ami pour ne pas vouloir la guerre. Ad Terram Incognitam tient un rôle important pour les générations à venir.

Mon voyage s’est fait à pied. Pour vivre chaque pas au rythme de mes efforts. Pouvoir m’arrêter lorsque mon corps me l’ordonne. Découvrir les peuples des grands espaces de neige et de montagnes de notre proche Europe.

J’ai vécu dans le froid des tempêtes, dans des déserts de cailloux ou de terre, parmi des hommes en fuite ou en retour, dans l’angoisse de nuits de bombes, dans l’ambiance festive de mariages, dans la haine de la guerre, dans l’amour des rencontres. Je me suis fait des amis de quelques heures, c’est eux qui ont tracé ma route. Je me souviens de la liberté trouvée. Elle m’a dit que je suis un enfant de la Terre et que tous les jours je choisis le chemin de ma vie.

Il est resté un peu de chaque pays dans mon cœur. Parfois grâce à l’étendue d’un paysage, au silence d’un lac, à l’espoir d’une rencontre et toujours parce que ceux qui m’ont tendu leurs mains ont donné à mes jours tout le courage d’avancer encore vers l’Est.


Le 25 novembre 2003, je quitte la gare de Brest pour atteindre les Alpes, départ de ma marche. Quelques jours plus tard je passe en Italie par le Mont Viso pour descendre vers le lac de Come. Je suis les montagnes jusqu’au commencement des Balkans, en Slovénie. Un mois de voyage, je rentre en pays d’ex-Yougoslavie, entendre la colère des peuples. Croates, Herzégovins, Bosniaques, Serbes, Monténégrins, Kosovars, Macédoniens peuvent nous donner de vraies raisons pour la paix. Je descends des Balkans grâce aux Bulgares. Ils me nourrissent, me logent et je sillonne le pays comme dans un nouveau jour. La mer Noire m’arrête. Elle me rappelle d’où je viens et me fait entrer plus loin, en Turquie. Commence alors un plus long voyage. Chaque région peut se distinguer par son peuple aux influences et aux coutumes d’ailleurs. Mon esprit se perd dans un hiver glacial. Je suis ramassé par des Géorgiens, au langage rare et au caractère fort. Le Caucase est immense. Il n’y vit que des enfants de la Terre qui veulent continuer à choisir le rythme de leur marche, de leur vie. Les montagnes disparaissent et la mer Caspienne m’arrête. Je découvre en Azerbaïdjan, des milliers de visages aux couleurs de l’espoir et de l’amour. Comment raconter ce périple ? En disant que chacun d’entre nous suit un voyage et que tous sont exceptionnels.

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