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De la jungle aux sommets

Le parc national de Chitwan m’avait donne un premier apercu de la richesse et de la diversite de la nature nepalaise, les montagnes himalayennes m’ont montre sa splendeur et sa force.
La transition entre le sud et le nord du pays a ete de courte duree mais intense: ces 3 jours passes a KTM au milieu du mois de decembre m’ont vu me demener energiquement pour trouver le meilleur moyen d’effectuer ce trek (avec ou sans guide?, seul ou avec d’autres randonneurs?…) et m’equiper le plus convenablement possible pour affronter le froid et l’altitude.

Ces preparatifs acheves, je montais donc au petit matin du 16 decembre dans le bus qui allait nous conduire, moi et mon guide Rishi, vers Jiri, point de depart de notre trek. Celui-ci s’annoncait physique, il l’a ete. Plus de 350 km de distance parcourus en 18 jours, entre Jiri, 1905m d’altitude, et Kala Pattar, 5543m, des temperatures qui ont chute jusqu’a -20degres, des rafales de neige et de vent a l’approche des sommets… sans oublier le combat final avec le yeti evidemment.

Il ne m'a pas fallu longtemps pour comprendre que je prendrais quelques centimetres de plus aux mollets et aux cuisses avant la fin du trek, tant les premiers jours m'ont fait souffrir! Ce n'etait qu'une succession de montees/descentes, et nous faisions parfois pres de 1000m de denivele dans la meme journee, tant dans un sens que dans l'autre . Cependant, cette premiere partie du voyage a permis de decouvrir la vie traditionnelle des habitants de l'Himalaya nepalais, et particulierement de ceux qui parcourent inlassablement ses chemins : les porteurs.

La nature du terrain et l'isolement des habitations empechent tout ravitaillement par route carossable, ce sont donc les porteurs qui, marchant du matin au soir, sur des dizaines, voire des centaines de km, jouent le role de routiers de la montagne. J'ai bien vite oublie de me plaindre de mon sac de 16kilos, a la vue de ces corps enfants ou ratatines, ployant sous d'ecrasantes charges, qui peuvent parfois atteindre 60 kilos. Cette activite, toute inhumaine qu'elle soit, reste pourtant la source majeure de revenus des habitants de ces terres.

Cette premiere semaine a egalement ete l'occasion de faire la connaissance de Rishi, mon guide nepalais (qui n'est pas un sherpa, soit dit en passant, ce terme designant en fait l'ethnie qui habite au pieds des plus hauts sommets et dont les qualites de resistance a la haute montagne ont conduit a l'amalgame sherpa=guide), avec qui j'ai noue de solides liens lors de ces trois semaines d'ascension. Logeant chaque soir dans une "tea house" differente, ou la seule chaleur reparatrice se trouve pres du poelle (pas d'autre source de chauffage dans ces maisons…), on a pu discuter de son pays et de sa culture, comme des miennes, en degustant de la biere de millet, du fromage de yak (qui est dur, contrairement a ce que pretend Marie S. (N.D.T.)) ou le traditionnel Dal Baht (riz, epinards et pommes de terre au curry, soupe de lentilles). Le Dal Baht, c'est tres bon, je vous l'accorde, mais au bout de 20 jours=20 dal baht, on se prend parfois a rever d'un steak…

C'est aussi pour cela qu'un jour, n'y tenant plus, Rishi et moi sommes alles a la recherche d'un poulet dans un des villages ou nous logions. Mais les Bouddhistes refusant de tuer les animaux, il a fallu se charger du travail nous-memes : j'ai laisse Rishi courir après la bestiole, je me suis occupe de lui trancher la tete. Deplume, cuisine, ce fut un vrai regal! Ce jour-la, ma fibre paysanne familiale a resurgi, pour ma plus grande satisfaction! Bref, tout ca, ca soude une equipe!

Une premiere semaine "sport et culture" donc, dont j'ai en fait oublie de mentionner le volet politique (enfin, le chapitre "tout ca c'est politique" qui me tient tant a coeur!): ma charmante rencontre avec la guerilla maoiste au detour d'un chemin… En effet, des le deuxieme jour du trek, Rishi et moi nous sommes fait arreter par une brigade maoiste (ceux-ci ont plus ou moins le controle militaire des zones montagneuses au sud des sommets de l'Himalaya et dans une grande partie ouest du pays) qui nous a poliment (explication pedagogique a la cle) mais fermement (arme chargee a la main) reclame une "genereuse donation" pour que puissent continuer, pour eux la lutte, et pour nous la route.

Bon, les populistes ca me fait marrer tant qu'ils n'exterminent pas leurs compatriotes, en meme temps, ca ne s'est jamais vu en 5000ans. (Non, nooon, mon bon monsieur, on va construire des ecoles et des ponts avec votre donation! Les armes on n'aime pas ca…). C'est donc contraint et force, et malgre une tentative de negociation d'un prix etudiant qui a lamentablement echoue (j'avais oublie mon gun a la maison, quel distrait je fais!), que j'ai du pour la premiere fois de ma vie supporter financierement une formation politique…on ne m'y reprendra plus!

Une bonne premiere semaine donc, encore une fois, qui nous a conduit a Namche Bazar, la porte du chemin vers l'Everest. De la, les conditions ont change, et les vertes "collines" (nous etions deja a 3500m tout de meme) ont laisse la place aux sommets enneiges, aux vallees profondes dominees de pics gigantesques. C'est vraiment a partir de ce moment que j'ai goute aux plaisirs de la haute montagne…et a ses difficultes! L'air se rarefie (50% d'oxygene en moins au-dessus de 5000m), les efforts commencent a couter, et les premiers signes de faiblesses apparaissent (maux de tete, difficultes a dormir, etc). Neanmoins, cela a ete supportable jusqu'au bout.
Les 2 dernieres journees d'ascension ont ete les plus marquantes, le chemin vers le camp de base de l'Everest, puis l'ascension du mont Kala Pattar qui culmine a pres de 5600m.

Le jour ou nous avons entrepris de gagner le camp de base, nous n'avions que quelques heures pour le faire, et le chemin a peine entame, un vent a decorner les yaks s 'est mis a souffler, entrainant rapidement la chute de la temperature. A tel point qu'au bout de 2 km d'une veritable lutte contre les elements, Rishi etait prêt a faire demi-tour et essayait de me convaincre de faire de meme. Abandonne par mon guide, faisant face a ce milieu hostile, que pouvais-je faire? C'est alors que, du fond de moi-meme, me sont revenues les paroles de notre plus grand philosophe national contemporain, Aime Jacquet qui, lors de la mi-temps de la demi-finale de la coupe du monde 98 (France-Croatie pour les mauvais historiens) criait dans les vestiaires " Mais bon sang! Vous avez peur de quoi? Vous avez peur de qui?"

Sentant sourdre en moi la hargne des conquerants de l'impossible, je me tournais alors vers Rishi et lui declarait, la flamme de la passion que rien ne peut arreter dans les yeux : "I go". Il me repondit "If you go, I go". Je lui retorquai "So let's go!" (facile l'anglais...). Je remontais ma chaussette gauche, je remontais ma chaussette droite, je bus une gorgee de Volvic, et nous nous elancames alors vers ce sommet ou tant d'hommes ont peri (et si peu de femmes…les statistiques ne peuvent etre misogynes), a quelques coups de crampons de leur reve. Aaaaaaaaaaaaalleluia! Tous ces egarements pathetico-lyriques pour vous dire qu'on a bien trime pour arriver au camp de base, mais que cela en valait la peine, tant les paysages qui l'encadrent sont majestueux. A cette époque de l'annee le camp est vide, les conditions meteorologiques empechant les expeditions vers le sommet, mais l'endroit degage indeniablement une certaine force.

Apres un moment passé la-bas, nous avons pris le chemin du retour qui, heureusement, etait moins physique que l'aller. Nous avons passé la nuit dans le dernier chalet-etape du parcours, a 5200m. Apres quelques heures de sommeil, nous avons pris le chemin de Kala Pattar (5543m), d'ou l'on a une bonne vue sur l'Everest. Partis a 5H du matin, a la lampe torche, on a atteint le sommet 90min plus tard (notez la metaphore footballistique filee), pour voir le soleil se lever sur l'Everest et toute la chaine himalayenne. C'etait simplement somptueux. Les -20 degres et le vent qui les accompagnait nous ont pousses a redescendre après 20 min au sommet, et nous avons alors entame la descente finale vers Lukla. Nous l'avons atteint 4 jours plus tard et, après un leger tremblement de terre (!), nous nous sommes envoles vers Kathmandou… fin de l'aventure himalayenne!

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