Ce qui me fait le plus mal c'est de savoir que Soeur Jeanine ne pourra pas le garder car il n'est pas "scolarisable" et elle n'a personne pour s'occuper de lui dans la journée. De plus, dans toute la région de Diego, il n'existe aucune structure pour accueillir les enfants en difficultés comme Matthieu. Il devra donc être envoyé dans un centre à la capitale (antananarivo). Quand je vois l'état des hôpitaux, je n'ose même pas imaginer ce centre. Pourtant, rien ne dit que c'est vraiment l'épilepsie qui lui a fait perdre le langage. C'est peut-être un traumatisme psychologique qui a arrêté son développement.
Seulement, pour savoir cela, il faudrait lui faire un scanner. Or, pas de scanner à Diégo. Il faut aller à la capitale et soeur Jeanine ne peut pas se le permettre. De toute façon, sans papier, aucun hôtpital n'acceptera Matthieu. Cela fait 10 jours que son père aurait dû nous les apporter mais il a disparu. Heureusement, Soeur Jeanine a conservé ses papiers d'identité et rencontré son beau-frère. Demain, nous partons donc en brousse pour retrouver le père. Pour lui mettre la pression et le faire se dépêcher, soeur Jeanine a décidé de lui ramener Matthieu. De toutes façons, elle n'a pas le droit de le garder et peut être poursuivie.
Elle veut expliquer au père que tant que ses papiers ne seront pas régularisés rien ne pourra être fait pour Matthieu. Par contre, lorsque cela sera réglé, elle pourra l'aider à orienter Matthieu vers un centre spécialisé à Tana.
Ce matin, nous avons découvert différentes choses: le père vit avec une autre femme qui a déjà 2 enfants et est enceinte d'un autre homme. C'est en fait cette femme qui ne veut pas s'occuper de Matthieu et qui l'a laissé dépérir. De plus, nous avons appris ce matin que ce serait le père de Matthieu qui aurait tué sa mère. Il n'est pas revenu voir soeur Jeanine car il a peur qu'elle découvre cela et que les autorités en soient averties.
Bref, tout ça pour vous dire que je suis malade à l'idée de laisser Matthieu à son père demain. Malheureusement, pour faire avancer les choses, il n'y a pas d'autre solution. Nous allons quand même impliquer le député, le maire et le chef de quartier afin qu'ils surveillent le cas de Matthieu. Le père se sachant surveillé ne pourra donc pas le faire disparaître.
J'ai vraiment l'impression de l'abandonné. Malgré les précautions, je crainds pour son avenir. Demain risque d'être une journée difficile... Tout est tellement plus simple chez nous!
Voilà voilà pour la température actuelle. Le temps n'est pas au beau fixe.
J'essaie quand même de me trouver du temps pour profiter de la beauté du pays entre les problèmes de Matthieu, l'orphelinat et les cours à l'école.