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Khatmandu

 

Une chaleur étouffante m’entoure, il fait trente degrés très humide ! Une dizaine de conducteurs se propose de m’envoyer au centre ville. Je retrouve le doux plaisir du marchandage des prix pratiqué en Asie et malgré ma méconnaissance totale de la monnaie locale, la roupie népalaise, je divise le prix par deux ! Un couple de Hollandais est à coté de moi, je les invite à embarquer.

 

Nous roulons sur une route poussiéreuse ou se mêlent toute sorte de véhicules et de gens. Nous entrons rapidement dans un dédale de rues étroites. Des immeubles poussiéreux de quatre étages nous surplombent et cachent définitivement le décor merveilleux des sommets enneigés.

Le conducteur nous dépose à l’entrée de Thamel, quartier qui vit grâce au développement touristique du Népal. On y trouve une multitude d’hôtels, d’agences de trek, d’échoppes vendant de la laine importée du Cachemire ou de la musique traditionnelle népalaise. On y trouve également le nécessaire technique pour s’attaquer aux sommets himalayens. Thamel est à Khatmandu ce que Kuta est à Bali : une plateforme d’atterrissage.

Je trouve rapidement une chambre sur le toit d’un Hôtel, le « Holy guest house ». J’ai quitté la France depuis deux jours et j’ai le sentiment d’avoir atterri sur une autre planète !


Les yeux du
Stupa de Swayambhunath dominent la ville et donnent à l’atmosphère une douceur étrange. Je pose mon petit sac à dos sur le lit et sors faire connaissance avec mes deux voisins qui discutent sous les palmiers. Deux pots en terre énormes contenant chacun un palmier de trois mètres de haut offrent une ombre agréable aux trois locataires du toit.

Je fais connaissance avec Rob, un Australien venu faire du rafting sur les rivières puissantes du pays et un ami à lui qui vient du Cachemire. Il m’explique qu’il a du fuir son pays, que chez lui, c’est la guerre entre le Pakistan et l’Inde. Après une heure de discussion passionnante avec mes deux compères, je décide de profiter des heures de soleil qu’il me reste pour faire le tour du quartier et tenter de comprendre le plus rapidement possible le fonctionnement de la monnaie locale, la roupie népalaise.


Les rickshaws se croisent dans un vacarme infernal qui se mélange au doux son des flûtes népalaises, aux rires des sonnettes de vélos. La foule est dense et colorée. Deux milles habitants au km2, telle est la densité de la vallée. Les moustaches brunes de tous les hommes s’harmonisent aux saris colorés des femmes, les
moines bouddhistes vêtus de leur robe safran croisent les sâdhus.

 

L’un d’entre eux s’approche de moi et me trace trois traits d’une pâte orangée entre les deux yeux. Je lui souris en retour et continue ma balade en me demandant ce que penseraient les gens en France s’ils me voyaient ainsi décoré !

Les rues sont étroites et la chaussée est dans un triste état. D’étranges statues et temples apparaissent aux différents croisements. Je m’arrête devant une petite échoppe de deux mètres carré au fond de laquelle est assis un vieil homme au grand sourire :

- « Namaste », me lance-t-il !

- - « Drink something you want?"

- "Namaste! Yes please"

Nous échangeons des sourires et laissons le langage invisible opérer. Je me demande comment vivre dans de telles conditions. Sa pauvreté s’étale au grand jour et l’envie du plaisir du marchandage ne me vient pas. Je me trouve soudain très riche malgré ma non richesse en France. Je lui achète un tchai et répond à son salut, comme lui, en apposant mes mains l’une contre l’autre à plat, je les ramène à mon coeur et rentre calmement vers l’Hôtel en prenant soin de ne pas me perdre aujourd’hui. J’avais mon compte.

Dans la solitude de ma chambre, je suis pris dans un tourbillon de sentiments. L’imaginaire occidental prend tout à coup un goût de réalité. J’y suis, dans mon rêve, dans mon voyage, tout seul avec moi-même pour apaiser ma peur de ne jamais retrouver mon sac ! Les deux premières journées ont été intenses et éprouvantes d’imprévus. Je devrais paniquer et pourtant je suis calme et heureux comme jamais par le passé ! Demain est un autre jour.

Je pris un rickswaw le lendemain matin pour me rendre aux temples au toit d’or de Durbar Square, voir le palais du roi, descendre Freak Street !

C’est une rue comme les autres aujourd’hui, sans distinction particulière. Elle fut pourtant la plate-forme d’atterrissage (et de décollage) de toute une génération de hippies qui finissaient leur long voyage depuis l’occident dans les fumées et les drogues de cette rue.

 

Telle est encore l’image de ce pays dans l’esprit de bon nombre d’occidentaux mais le Népal est devenu le terrain de jeu de beaucoup de sportifs et de randonneurs de tous âges venus des quatre coins de la planète. Un mélange agréable de cultures dans un pot culturel exceptionnel !


Je décide de laisser aller mes pas au gré des sons, je me rempli de ces faisceaux de lumière qui percent l’ombre des rues. Des visages fascinants se dérobent, deux hommes marchent main dans la main, les voix sortent des étages dans un langage qui m’est inconnu. Je m’avance encore, quelques âmes passent dans un quartier calme au sud du centre de la ville.

 

J’entre dans une échoppe, bois un tchai et passe un peu de temps à communiquer avec quelques personnes intriguées par ma présence. Ce doux moment me fait oublier de quel côté je suis entré dans l’échoppe. Bon, perdu ! Je l’ai un peu cherché en même temps et j’avoue que je trouve cela assez agréable.

Je prends à gauche et continu de marcher. Un rickshaw se présente ; Je lui fait signe et lui demande s’il peut me ramener à Durbar square. Il m’annonce un prix élevé, s’ensuit une négociation agréable. Il me propose de baisser le prix si je vais visiter un magasin. Je lui propose de rentrer sans stop à Durbar square.

Dans l’attente de l’arrivée éventuelle de mon sac (j’avais téléphoné à l’aéroport pour laisser mes coordonnées), je visite Katmandou et ses alentours. Je loue un vélo et comprends rapidement qu’il n’y a pas de règles de circulation précises dans la ville. Il faut juste passer quand on le peut en évitant les trous dans la route, les remorques tirées par des ânes, les rickshaw rapides et bruyants, des poules, des chiens. Inutile de chercher un feu rouge quelque part !

Les yeux du temple n’en finissaient pas de me regarder, tous les soirs, au coucher du soleil, au milieu des cerfs-volants que des centaines d’enfants faisaient voler le soir venu. Je décidais de m’y rendre. Je fis face à un long long long escalier et 500m de dénivelé pour enfin atteindre la gratuité du temple (gratuité due à l’effort).

Une jeune fille me tend un bracelet qu’elle souhaite me vendre en me disant :

- « It’s for good luck (c’est pour la bonne chance) »

Je lui achète le bracelet qu’elle frotte avec un morceau de tissu et lui souhaite moi aussi bonne chance. Du haut de cette colline, le stupa, ses yeux et le troisième œil contemple la ville.

 

 

Je me rends également au stupa de Bodnath, à six kms à l’Est de Katmandou. Autour du temple, des personnes tournent dans le sens des aiguilles d’une montre et font tourner les moulins à prières.

 

 

Les drapeaux à prières sont tendus entre le temple et les maisons. Ici vit une communauté tibétaine en exil depuis 1959.

 

 

Coup de téléphone à l’hôtel pour moi, c’est l’aéroport ! Ils ont mon sac ! J’explose de joie après cinq jours à me demander si le voyage allait continuer ou pas (il aurait continué quand même). Je retrouve mes affaires de toilettes, de nouveaux vêtements propres et ma caméra. J’ai emmagasiné des lieux de prise de vue pendant cinq jours. Au boulot maintenant. Il me faut des images pour pouvoir retranscrire le lieu du mieux possible aux enfants à mon retour en France.

Nagarkot

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