Jeffectuais le premier pas dune longue série sur le tarmac de laéroport de Brest-Guipavas, par une matinée lumineuse du mois de Septembre 1998. Je me souviens encore de ces secondes pendant lesquelles je franchissais lentrée de lavion. Cest parti ! Je quittais la Bretagne tant aimée pour linconnu, pour le tout est possible après avoir désiré et construit cet envol depuis ma tendre enfance. La planche de surf, mon sac et ma caméra vidéo dans la soute à bagage, je partais lesprit libre et ouvert !
Jallais comprendre très rapidement que jentrais dans le flux du monde, là où tout sorganise se désorganise puis se réorganise à nouveau dune manière totalement différente des prévisions initiales.
« Let go, man , it will be bagus ! »
Le plan de vol était: Brest/paris, Paris/ New Delhi en Inde, New Delhi/ Katmandou au Népal. Cétait pourtant simple sur le papier !
Rien ne sest passé aussi facilement. Au bureau denregistrement de mon vol pour lInde, à Paris, mon tour arrive ! Lhôtesse au sol me sourit largement et mannonce que lavion est complet. Je rate le vol à une place près! Je passe une nuit dans un hôtel près de laéroport et reviens le lendemain matin. La compagnie me trouve un autre vol avec escale et changement davion à Amsterdam aux pays-bas. Autre mauvaise nouvelle, jarrive à 23h à New Delhi. La connexion avec Katmandou sera impossible et je nai aucune idée de la configuration de laéroport. Je verrai bien sur place, nayant plus aucun contrôle sur la situation ! Mon bonheur est de toute façon au plus haut. Je pars pour huit mois et rien ne pourra menlever la joie de vivre ce rêve tant attendu.
Jarrive en Inde à lheure prévue, une chaleur étouffante mêlée de poussière maccueille, lodeur de lInde pénètre mes narines pour la première fois. Je me laisse porter par le flux des passagers jusquà la salle de récupération des bagages. Après une demi-heure dattente, je me rends à lévidence que mon sac avait décidé de faire son voyage vers le Népal en solitaire. Je me dirige vers le bureau de déclaration de perte de bagages où je rencontre un homme charmant aux moustaches brunes bien taillées, des yeux noirs profonds coulés dans un uniforme bien taillé. Dans un anglais tout teinté daccent indien, il mannonce que mon sac a été perdu à Amsterdam lors du transit. La caméra vidéo logée dans son boîtier étanche, le pied de caméra, mes affaires de toilette, la trousse de secours...Bref, ma toute petite maison venait de disparaître. Tout cela était je ne sais où, allait arriver je ne sais quand ! Le fonctionnaire mannonce que mon sac sera livré à laéroport de Katmandou dans quatre ou cinq jours. Jétais en Inde depuis 1h30, il était 23H30, je navais plus avec moi que mes papiers officiels, ma brosse à dent, deux livres et ma planche de surf et javais devant moi huit mois de voyage !
La fatigue du voyage, le décalage horaire, le problème du sac. Javais entendu parler du concept de lâcher prise Hindouiste et bouddhiste avant le voyage. La pratique se jetait sur moi. Javais arrêté de fumer depuis deux ans mais ce soir là, je partis macheter un paquet de cigarettes !
La compagnie Aérienne moffre une nuit dans un quatre étoile proche de laéroport. Le problème de la nuit ne se posait plus. Je pouvais ainsi me concentrer sur ma recherche de consigne, enfin, un endroit sérieux où je pouvais laisser ma planche pour deux mois. Les aéroports disposent généralement de ce service mais jétais en Inde et plus rien ne semblait être sûr ! Linformation marriva rapidement grâce à la curiosité des indiens se trouvant autour de moi (une planche de surf à New Delhi ! Pourquoi pas une bouteille de plongée au milieu du désert ?). Je devais sortir de laéroport, faire le tour et aller derrière. Là je trouverai un endroit où je pourrais laisser ma planche.
Des barrières font face à la sortie des arrivées. Derrière ces barrières, une foule de personnes sentassent les unes contre les autres pour vous lancer des :
- «Hey Misterrr, taxi misterrrrr »
Un autre homme criait:
- "Hello misterrrr, wherrrre arrre you goinggg? Wherrrre do you cooome frrrom?
Jétais sonné sur place. Je venais de rencontrer le choc culturel le plus violent jamais ressenti avant. Je répondis alors à la question, dans ma naïveté :
- « France. Im from France ! »
Jentendis soudain une dizaine de personnes qui criait avec joie et grands sourires:
- "Zidane, Ziiidane, champion of the world!!!!"
Léquipe de France de football venait de remporter la coupe du monde de football trois mois plus tôt. Cette victoire allait me suivre partout lors de mon périple, et parfois dans les endroits les plus improbables !
Jévite le contact direct avec cette foule. Javais vécu six semaines en Indonésie deux années plus tôt et cette expérience passée me permis de sourire à la situation mévitant sans nul doute une crise de panique aigue !
Je contourne laéroport et me dirige vers un petit magasin doù se dégage une lumière pâle dans la nuit noire. Des hommes sont là, allongés par terre, adossés à des sacs.
Je choisi de madresser à deux personnes assises à un bureau :
- « Est-ce bien ici la consigne de laéroport ?
- Oui, oui, cest bien ici ! »
Mon regard fait le tour de la pièce. Il est une heure du matin, je nai plus mon sac, plus de vol pour Katmandou et je mapprête à laisser ma planche de surf pendant deux mois dans ce lieu sans protection et servant visiblement de dortoir à quelques locaux. Nayant pas dautres solutions et épuisé de désespoir, je laisse ma belle parmi des valises en me disant que la chance de la retrouver dans deux mois était bien faible.
Je rejoins lhôtel luxueux à pied, chargé de mon petit sac à dos. Je viens de démarrer mon tour du monde sur les chapeaux de roue ! Je mattendais à faire face régulièrement à des problèmes, des galères de voyage mais là, visiblement, je navais pas eu le droit au moindre échauffement.
Lhôtel est immense et ressemble à un énorme rectangle de béton sans charme. De ma chambre, japerçois des familles qui dorment sur le trottoir den face. Je relativise rapidement ma position confortable et mendors pour quelques heures dun sommeil lourd. Demain, je dois trouver un vol pour le Népal !
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