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Traversee de l'outback; Ecole de Tiboora

Le 5 avril, je quittais Adelaide pour rejoindre Port Augusta, dernière étape côtière avant que je ne m’enfonce dans le bush.

 

Bien que j’attendais beaucoup de cette traversée, je ne savais pas encore que j’allais vivre une des expériences les plus intenses et les plus formidables de mon voyage…

 

Je m’étais préparé comme on me l’avait conseillé : j’avais 20 litres d’essence de secours, 20 litres d’eau, et suffisamment de nourriture pour tenir une semaine au cas où je reste bloqué au milieu de nulle part !

 

Ces précautions se sont néanmoins révélées un peu exagérées, j’ai toujours croisé au moins deux voitures par jour… Bref, préparé et motivé comme un p’tit kangourou sorti de la poche ventrale de sa môman, j’ai lancé ma Ford sur l’unique route goudronnée qui partait dans cette direction et traversait des paysages à chaque kilomètre un peu plus secs.

 

J’ai ainsi vu défiler sous mes yeux une succession de terres arides aux buissons épars, de prairies grillées par le soleil où paissaient parfois ça et là quelques moutons, de collines brunes et roussies, poussiéreuses…  

 

Ayant atteint Broken Hill, le seul gros village de cette région, j’ai alors décidé de dévier ma route vers le nord, afin de m’enfoncer encore plus dans le bush, là où il n’y a plus de routes goudronnées, que des pistes de cailloux et de sable. J’avais à ce moment-là une terrible soif de désert !

 

Après avoir béni ma voiture et remis son sort entre les mains des esprits du coin, je découvrais les pistes de l’outback australien, avec un peu d’appréhension au départ (je pensais vraiment que la voiture ne tiendrait pas 10km…), puis totalement libéré, tant conduire seul sur ces terres de plus en plus désolées et de plus en plus rouges était enivrant. Lors de ces journées, j’ai dû croiser une voiture tous les 3 ou 4 heures, et à chaque fois des 4x4 super équipés-climatisés-tout assurés… Je devais vraiment être le seul abruti du coin à vouloir prendre ces pistes avec ce pot de yaourt de père de famille... !

 

Il a néanmoins admirablement survécu à l’épreuve que je lui ai imposé ce hardi pot de yaourt, le style de ma conduite relevant parfois plus du Trophée Andros que de la sortie dominicale de Mamie Nova…

 

J’étais, à ces instants, proche de la folie extatique, me laissant pénétrer à pleins sens de la situation, de l’environnement et du moment exceptionnels que je vivais. Vous auriez dû me voir derrière mon volant brûlant, la poussière collant à ma peau trempée de sueur, Pink Floyd, Bob Dylan ou Norah Jones saturant dans les enceintes, moi chantant à tue-tête ou beuglant comme un marcassin sous cocaïne devant une piscine de glands, ivre de cette liberté démesurée et folle qui avait pour théâtre des étendues sans fin de terre ocre, de cailloux poussiéreux et de buissons solitaires… Mon Dieu que c’était bon !!!

 

Je garderai également un très bon souvenir de mon étape à Tibooburra, un village de quelques dizaines d’habitants planté au milieu de nulle part, dont l’accès ne peut se faire que par des pistes non goudronnées, et où les cow-boys assis à la terrasse du bar-resto-poste font bien plus rigoler que les gangs de mouches semant la terreur dans les environs !

 

Disons que j’étais quand même bien plus terrorisé que les habitants du coin, habitués à l’incroyable agressivité de ces bestioles mutantes qui se précipitent sur toute chaire fraîche en déplacement, et rendraient ainsi complètement hystérique le plus patient et compréhensif des mouchophiles en exploration dans la région.

 

C’est à Tibooburra que j’ai choisi de visiter l’école qui participerait au programme Ad Terram Incognitam.

 

La rencontre avec les enfants a été riche et vivante, ceux-ci se sont montrés très intéressés par mon voyage et le but de ma visite.

 

Contrairement aux précédentes écoles, le fait que nous puissions communiquer directement en anglais a indéniablement facilité les choses !

 

Et cette école était surtout le reflet le plus pertinent de l’environnement dans lequel elle s’est installée : 30 élèves y sont scolarisés, mais seul le tiers de ceux-ci est quotidiennement présent, les autres suivant les cours par radio depuis les fermes éparpillées dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres !

 

On ne pouvait cependant oublier que l’on se trouvait dans un pays développé : il y avait dans la classe autant d’ordinateurs – connectés à Internet – que d’élèves…

 

Après m’être passablement éloigné de Tibooburra, je retrouvais le goudron civilisé qui m’emmenait vers des paysages de plus en plus verts et fournis.

 

Je retrouvais aussi, malheureusement, les trop habituels cadavres des wallabies (petits kangourous) jonchant les bords de route.

Parfois, des rapaces étaient en train d’achever le travail entamé par des pare-chocs indifférents…

 

J’ai tout de même, et à ma plus grande joie, eu la chance d’observer ces créatures bondissantes (boïng ! boïng !) à plusieurs reprises !

 

J’ai également aperçu une autruche qui, elle, était trop occupée à fouiller la terre à ses pieds pour voir les yeux idiots et ravis du touriste qui la scrutait…

 

Je continuais à avaler les kilomètres jusqu’à ce que, fourbu et encore étourdi par mes émotions,  j’atteigne la frontière maritime du Queensland et sa capitale : Brisbane.

 

Je prenais alors le temps de faire une toilette extérieure et intérieure à mon poussiéreux mais fidèle vaisseau du désert, qui s’était sorti sans une bosse de sa folle traversée du cœur de l’Australie !

 

Changement de décor : j’étais désormais dans l’Australie des Australiens citadins et bronzés, des youpis surfeurs et des blondes en BMW décapotable…

 

                                                SUITE

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