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Vers le camp de base de l'Annapurna


Le départ du trek est pour le lendemain. Un taxi nous emmène au travers d’un décor lunaire et puissant. Après trente kilomètres, il nous dépose à l’entrée d’un sentier surplombant un torrent fougueux.
-« That’s the way to ABC, just follow the path! » (C’est la route pour aller au camp de base, suivez simplement le sentier!"
Un panneau clouté sur une branche nous prévient et annonce à peu près cet avertissement :

« Attention, ici tout est beau mais lorsque vous regardez les montagnes, vous ne regardez pas où vous mettez les pieds. » J’apprendrai plus tard qu’un Australien est tombé dans un torrent car il marchait la tête en l’air. Il en est mort!

 

Nous commençons par deux heures de marche et nous décidons de passer la nuit au bord de la rivière, sous un toit de feuilles de palmier. La lune est pleine.
Un vieil homme chante, un autre souffle dans une trompette.


Les nuages s’écartent pour nous laisser apercevoir la blancheur bleutée du
Matchaputcharé, le sommet sacré marquant la porte droite du sanctuaire de l’Annapurna. Nous éclatons de joie comme des enfants qui déballent leur cadeau. Le sommet culmine à huit mille mètres et je me sens soudain minuscule. Ma vie passée en France me donnait des références en matière de hauteur : les alpes et les Pyrénées étaient alors ce que je connaissais de plus haut.

Une telle force se dégage de la montagne qu'un tel éclatement de mes références ne me permet plus d’évaluer les distances.


Six heures de marche le lendemain. Six heures de marche le jours suivant. Les sentiers traversent des torrents fougueux.

Nous gravissons une infinité de marches sur cinq cents mètres pour redescendre ensuite de quatre cents mètres puis remonter encore.


 

Le soleil nous offre ses rayons et illumine les dégradés de vert de la flore.

Lors de la marche, le regard ne quitte pas le sol pour ajuster le pas au moindre caillou et éviter ainsi une entorse qui empêcherait toute contemplation du sanctuaire de l’Annapurna, si près du but !

Les cuisses chauffent pour porter le poids du corps alourdi par les 50kgs du sac. Il fait si chaud en journée qu’il nous faut partir aux premières lueurs du jour afin de pouvoir marcher entre 5 et six heures par jour. Nous décidons de garder le reste de la journée pour remplir nos moments de repos par l’écriture, la lecture et la rencontre avec les gens.

La forêt tropicale est encore là, les animaux chantent la douce mélodie de la nature.  


Après avoir goûté le délicieux miel des montagnes, nous passons la nuit chez une vieille femme qui dispose de deux chambres dans sa maison. Elle cuisine pour les marcheurs.

Nous mangeons ainsi notre repas au milieu des poules, assis sur une vielle table en bois, Les yeux rivés sur les montagnes si hautes.

Les toilettes se trouvent près des vaches au pied du jardin, dans une petite cabane en bois. Elle m’invite à visiter sa cuisine : les aliments mijotent sur un socle en terre cuite dans lequel un feu de bois agite ses flammes. Il y a des trous dans les murs, le toit n’est pas très étanche et je n’ose pas imaginer la température du lieu en hiver !

Nous disposons ainsi d’un panorama fabuleux : Nous voyons la chaîne himalayenne de profil dans son ensemble. De huit mille mètres à quatre, cinq mille mètres, la pente est très raide. Elle s’adoucit ensuite régulièrement jusqu’à deux mille mètres.

Nous reprenons nos sentiers caillouteux et plus nous montons, plus la végétation diminue.

 

Nous laissons la forêt tropicale, les forêts de rhododendrons et ses singes derrière nous pour parvenir à 3000m où une végétation beaucoup plus rase est présente.

 

Nous atteignons 3500 mètres lorsque nous franchissons la passe du camp de base qui serpente entre l’Annapurna sud et le matchapucharé.

Nous sommes au pied d’un tombant de 4000m mètres. C’est beau à en pleurer !

Nous rions de nous savoir si petits et continuons la marche. Nos pas ralentissent régulièrement, notre respiration s’accélère, l’effort est de plus en plus intense : le manque d’oxygène !

C’est une sensation vraiment étrange de se rapprocher de son objectif sur un chemin de plus en plus facile, de moins en moins pentu mais y arriver de plus en plus lentement avec toujours plus d’efforts.

Après cinq jours d'efforts, nous apercevons enfin notre objectif: Les nuages de fin de mousson remontent de la vallée en début d’après-midi et nous recouvrent d’un épais brouillard. Le sentier devient notre unique guide. Nous bordons un précipice immense sans pouvoir distinguer exactement ce dont il s’agit. Comme un signe, une éclaircie laisse soudain apparaître quelques petites maisons de pierres très proches les unes des autres. Nous sommes enfin arrivé à notre destination : Le camp de base de l’Annapurna, à 4000m d’altitude.

Le sanctuaire des Annapurnas

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